Prépa Orthophonie : témoignages des oraux passés par les étudiants

Les oraux des concours d’entrée en école d’orthophonie constituent un véritable « maquis » dans lequel il est très difficile de se repérer. Comme pour les écrits, chaque université (20 au total !) organise les entretiens à sa manière, selon des modalités conformes aux exigences légales, certes, mais aussi et surtout selon les critères spécifiques qu’elle juge  requis pour son propre établissement. Certains insistent sur le volet « psycho-physique » (tests d’évaluation de la boucle audition-phonation avec lecture de logatomes, tests de déglutition…), d’autres insistent sur le projet et le parcours (via le CV et des documents remis au préalable), certains enfin sondent plus particulièrement la personnalité via des exercices de créativité, des débats de groupe ou des questions personnelles à propos du candidat. Parfois des exercices écrits (dictées, dissertation) sont associés aux prestations orales dans l’évaluation finale. Bien entendu les étudiants inscrits en préparation aux concours d’entrée dans les écoles d’orthophonie à IRSS travaillent tous les concours dans chacune de leurs spécificités. Nous vous proposons ici 3 témoignages extraits des centaines de récits que consentent à nous laisser nos étudiants chaque année après leurs expériences des entretiens. Bien entendu il s’agit d’un simple retour d’expérience et les jurys, d’une année à l’autre, voire d’un candidat à l’autre, sont susceptibles de modifier leur modus operandi…

 

Oral du concours orthophonie de Poitiers 2017. Anne-Solène G, admise sur liste principale.

 

« Nous étions convoqués par demi-journées. Dès 8 heures,  nous nous sommes retrouvés dans une salle de classe où nous attendions que l’on vienne nous chercher une à une. Il y avait 4 jurys différents. Le mien était composé d’une orthophoniste et d’une psychologue, en l’occurrence directrice de la formation orthophonie de Poitiers. Comme souvent en concours, des rumeurs circulaient à propos des membres du jury… On m’avait brossé un tableau plutôt inquiétant mais ce fut tout le contraire : beaucoup de bienveillance et de sympathie. En venant me chercher dans la salle, la psychologue nous a toutes invitées à nous détendre, à rire, à discuter entre  nous car elle nous trouvait, selon ses propres mots, « trop calmes ».

Une fois dans la salle, je leur ai donné mon audiogramme et plusieurs autres papiers (attention, ils gardent tout, alors faites des photocopies…). Les membres du jury  m’ont mise très à l’aise en discutant avec moi comme si on se rencontrait dans des circonstances tout à fait naturelles et détendues. Elles m’ont demandé de me présenter et  de parler de mes motivations en indiquant bien que l’oral ne durait, en tout et pour tout, que 20 minutes. J’ai dû parler pendant 8 minutes de mon projet puis elles m’ont posé des questions en rapport avec ce que j’avais dit… ou sur tout autre chose ! Les questions posée en fin d’entretien étaient en effet très diverses : comme elles ont notre CV sous les yeux, elles n’hésitent pas à le balayer, même quand ça ne relève absolument pas de l’orthophonie. J’avais travaillé ce point je n’avais pas hésité à y tout ce dont j’avais envie de leur parler. Quand je repense à l’orientation des questions, il me semble important de montrer que l’on se projette totalement dans la ville de Poitiers pour nos études, ainsi que dans la région en tant qu’orthophoniste.  Il faut savoir s’adapter aux circonstances : la veille de l’oral, j’ai dormi dans un Airbnb qui était loué par une famille avec une jeune fille sourde ! J’ai donc parlé de cette rencontre en glissant ce que m’avait dit le père de famille : Poitiers et sa région sont sous-dotés en orthophonistes, notamment dans le domaine de la surdité (d’ailleurs Poitiers est une des grandes villes de communauté sourde avec Toulouse). J’ai ajouté que cela me plaisait de participer à une dynamique d’aide à la population et de développement de l’orthophonie dans une région. Pas d’exercice technique, pas de pièges, pas de questions bizarres. Un oral assez classique et sympathique. »

 

Oral du concours orthophonie de Toulouse 2017. Lola B., admise sur liste principale.

 

« Les épreuves d’admission de Toulouse étaient composées d’une dictée, d’un résumé puis d’un oral avec trois personnes dans le jury.

J’ai passé la 2ième épreuve écrite comptant pour l’admission le 10 mai 2017. Le texte de la dictée était un extrait de Croc-Blanc de Jack London. L’épreuve durait 1h. Le texte ne comportait pas de difficulté majeure concernant les accords mais il fallait rester attentif à l’orthographe d’usage. Le rythme de la dictée n’était pas rapide : on avait le temps d’écrire sans trop se presser. La personne qui dictait n’avait pas d’accent particulier (pour nous qui venons du Nord de la France !) et elle répétait chacune des phrases. La dictée était cependant assez longue et surtout sans ponctuation. Ce qui m’a paru bizarre, c’est le fait que les noms propres ne nous étaient pas épelés, mais je ne pense pas que les correcteurs nous attendaient là-dessus. Ensuite, j’ai dû réaliser, durant 1 heure, un résumé en un peu moins de 400 mots avec 10 % de marge sur un texte qui n’était ni très long ni très difficile (le thème concernait l’école et des nouvelles formes d’éducation).

J’ai passé mon entretien 2 jours plus tard.  J’étais convoquée à 13h30 avec 5 autres personnes. J’ai eu la chance de passer la 2ième : chaque oral durait environ 45 minutes ! la dernière appelée a dû trouver le temps : prévoyez un bon livre ! Le jury était composé de 3 personnes, toutes des femmes : 2 orthophonistes et 1 psychologue. Elles ont été immédiatement souriantes et bienveillantes, et elles m’ont mise à l’aise durant tout l’entretien.  Elles hochaient souvent la tête et rebondissaient sur ce que je disais. Elles ont commencé par me poser des questions « basique » : nom, prénom, âge, école, ville, bac, frères/sœurs,  combien de concours j’ai passé… J’ai ensuite tiré au sort un texte parmi plusieurs autres. Je devais le lire (il faisait une page). L’entraînement à la lecture est indispensable pour le prononcer avec fluidité ! Je suis tombée sur un texte qui dénonçait la violence des jeux vidéo et la mise en scène de la mort montrée avec complaisance à la télé ou au cinéma… Ensuite je devais le retourner face cachée et le résumer, dire ce que j’en avais retenu. Ce n’était pas forcément évident de ressortir tous les points importants du texte juste après l’avoir lu. Je suis allé à l’essentiel. Ensuite elles m’ont donné 5 minutes pour prendre des notes sur une problématique qui m’intéressait, toujours en rapport avec le texte (que j’ai pu reprendre pendant ce temps-là). J’ai donc développé, et j’ai réussi à trouver un lien avec l’actualité. L’entraînement aux différents écrits rédactionnels du concours à l’IRSS est bien utile, même pour les oraux !

Ensuite, j’ai pu évoquer mon projet professionnel. Les membres du jury m’ont posé plusieurs questions : comment est venu l’intérêt pour  l’orthophonie ? J’ai pu raconter la genèse de mon projet et la manière dont il s’est structuré au gré de mes multiples rencontres. Quelles sont les qualités, selon moi, importantes pour la profession ? Qu’est-ce que je compte faire si je n’ai pas le concours cette année ?  Quelles ont été mes expériences professionnelles ? Comment je vis l’éloignement familial ? Elles m’ont aussi demandé si j’avais pris connaissance de la durée des études et ce que j’en pensais.

En résumé,  j’ai pu développer les raisons pour lesquelles je voulais devenir orthophoniste, mais j’ai peu évoqué ma personnalité ou mes expériences personnelles. Je pense que le naturel comptait beaucoup : il fallait être soi-même et ne pas avoir appris par cœur ce qu’on voulait dire. »

 

Oral du concours orthophonie de Tours 2017. Marie C., admise sur liste principale.

 

« Le début de matinée était consacré aux épreuves de logique (du classique déjà travaillé par ailleurs) et au test de personnalité. Il s’agissait du  test de Gordon, un questionnaire basique dans lequel il faut cocher l’item qui nous correspond et celui qui nous correspond le moins. Ce n’était pas compliqué. Il était en plus bien précisé qu’il n’y avait pas de bonnes ou de mauvaises réponses.  Bien sûr on se doute qu’on ne va pas cocher  « je n’aime pas le contact avec les autres » dans ce qui nous ressemble le plus !

J’étais convoquée le matin pour mes deux entretiens oraux. Je suis passée seulement 3ième  mais l’attente était difficile…  Nous étions toutes enfermées dans une salle, avec une étudiante en école d’orthophonie, mais nous n’avions pas le droit de lui parler, pas même le droit de parler entre nous, pas le droit au portable, et nous devions aller chacune notre tour aux toilettes… Bref, de quoi faire monter la pression ! Finalement, on est tellement content quand arrive notre tour qu’on en oublie le stress!

Mon premier oral concernait le projet. L’orthophoniste m’a d’abord interrogée sur des formalités : mon bac, mon âge, la manière dont m’est  venu mon projet de devenir orthophoniste. Je pense qu’elle ne s’y intéressait qu’à moitié car elle semblait plutôt concentrée sur ma bouche et mon élocution. Ensuite nous sommes passées aux exercices techniques. J’ai d’abord dû piocher 5 images : je suis tombée sur une grand-mère, un visage qui sourit, un visage triste, une lampe et un avion. J’ai donc dû  raconter une histoire avec ces images, d’abord à un enfant de 6 ans (c’était assez drôle de tutoyer le jury), ensuite à une personne âgée, et pour finir j’ai dû écrire une petite histoire  avec ces mêmes images. Après ces épreuves, j’ai dû lire un petit texte, le résumer et dire ce que je pensais de de l’attitude du personnage. Une fois fait, on  m’a  donné à formuler des virelangues  : « Seize jacinthes sèchent dans sept sachets secs » (on lit la phrase une fois puis on la répète trois fois sans regarder ) et « Didon dina dit-on au dos d’un dodu dindon » (Même consigne). Pour finir j’ai eu droit à un autre exercice (j’ai cru que ça allait jamais se terminer !) :  j’ai dû  lire 4 phrases, une sur le ton de la colère, une sur le ton de la résignation, une sur le ton de la tristesse et une sur le ton de la joie. Enfin, elle a vérifié ma déglutition.

Je suis ensuite retournée dans la salle d’attente où  un homme est venu me chercher 30 minutes plus tard pour le second oral. Cette fois il y avait 5 personnes dans le jury :  2 orthophonistes, un psychologue, un ORL et une autre personne que je n’ai pas identifiée. On m’a directement demandé « Pourquoi êtes-vous là? » Je leur ai simplement répondu que j’étais là pour leur montrer que je voulais intégrer leur école et devenir ortho. Ils m’ont demandé si j’avais déjà passé des oraux. Je leur ai avoué que je passais mon 4ième oral (je n’ai pas cité les villes). Ils m’ont donc demandé pourquoi Tours alors que l’école de Nantes est plus proche de chez moi… Je leur ai tout simplement répondu que je n’avais pas été admissible à Nantes, ce qui les a fait sourire. J’avais bien fait de pas leur dire le nom des villes de mes admissibilités car je pense qu’ils m’auraient titillé par rapport au fait que Caen se trouve seulement à 1h30 de chez moi… J’ai donc pu exposer TRÈS rapidement pourquoi Tours était mon premier choix. Je me suis vite fait couper car le jury était très bavard et faisait des petits commentaires, mais rien de bien méchant, au contraire. On m’a donc ensuite demandé ce que je fais depuis mon bac. J’ai  parlé de ma prépa IRSS pour enchaîner sur mon bénévolat (auprès d’une mère de 5 enfants dont 2 filles sont sourdes appareillées). Une des dames du jury aimait bien me titiller et m’a posé plusieurs questions sur cette expérience,  mais je me suis bien défendue. Ils m’ont  aussi demandé pourquoi j’avais fait ça en tant que bénévole alors que ce que je fais pourrait être payé. J’ai expliqué que c’était une famille que je connaissais depuis longtemps et que je suivais les filles depuis leur naissance. Ils ont vraiment insisté et m’ont reposé la question …  Ensuite le psychologue m’a demandé si mon collier avait une signification. J’étais très contente de saisir l’occasion pour raconter mon voyage en Italie et le bénévolat que j’y ai réalisé (on m’avait offert le pendentif en remerciement pour mon aide). L’une des personnes me reprenait : « Pourquoi vous dites « on » ? » J’ai donc raconté être partie avec ma meilleure amie au sein d’une association dans laquelle je suis aussi animatrice : et hop ! encore une expérience casée ! « Vous êtes donc très tournée vers les autres mais que faites-vous pour vous? » ont-ils continué… J’ai donc évoqué mes loisirs. Ils ont trouvé que je faisais beaucoup de choses en dehors de mes études et m’ont interrogé sur la manière dont je comptais gérer le master d’orthophonie avec autant d’activités. J’ai répondu que j’étais très travailleuse mais que je savais gérer mon temps, ne pas me laisser déborder par le travail ou les loisirs. Puis une petite question très bizarre pour finir : « quelle est votre application smartphone  préférée ? » J’ai parlé d’Instagram et ils ne m’ont pas posé de questions là-dessus.

Globalement, j’ai trouvé qu’il y avait une très bonne ambiance et que le jury, exigeant et tatillon,  n’était pas hostile mais bienveillant.  Les 2 oraux n’ont duré que 15 minutes chacun mais ils m’ont semblé beaucoup plus longs. »

 

Merci à nos étudiantes d’avoir eu la gentillesse de ramasser leurs souvenirs pour exposer les multiples aspects de l’entretien d’admission en école d’orthophonie. Ces exemples démontrent, s’il en était besoin, qu’un oral ne s’improvise pas mais se travaille, et très en amont, pour consolider son projet, réfléchir sur ses expériences et se préparer aux exigences des exercices techniques. Autant d’éléments que préparent avec rigueur, expérience et professionnalisme les enseignants d’IRSS.

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