Psychomotricien : un métier porteur et diversifié

Personnes âgées ou en situation de handicap, jeunes enfants souffrant de difficultés motrices… Les publics qui recourent aux pratiques de la psychomotricité sont de plus en plus nombreux. Malgré un numerus clausus en hausse depuis 10 ans et un nombre de professionnels en augmentation (9000 psychomotriciens exercent en France aujourd’hui), le secteur garde un taux important d’employabilité dans des secteurs très divers. Amandine Caillaud, psychomotricienne, nous raconte son parcours et expose sa vision du métier au terme d’une rencontre avec les étudiants d’IRSS.

  • Pouvez-vous nous relater votre parcours ?

J’ai poursuivi mes études à Bordeaux. Durant mon cursus scolaire, j’ai réalisé de multiples stages auprès de différents publics : tout-petits, adolescents psychotiques et autistes, adolescents avec retards mentaux, mais aussi des personnes âgées, public sur lequel j’ai d’ailleurs réalisé mon mémoire.

J’ai été diplômée en juin 2013, et j’ai rapidement trouvé un remplacement dans un C.A.M.P.S. (Centres d’Action Médico-Sociale Précoce) avec les 0 à 6 ans. Le C.A.M.P.S. est une structure qui appelle des professionnels venus de tous les horizons du paramédical et du médical : pédiatre, pédopsychiatre, orthophoniste, psychologue, kiné… On y travaille en équipe pluridisciplinaire, tout en étant indépendant dans sa pratique.

Trouver un poste n’a pas été excessivement difficile : le milieu est très féminin et forcément les psychomotriciennes sont amenées à prendre des congés maternité. Cela permet à des plus jeunes de mettre le pied à l’étrier en réalisant des remplacements sur des périodes assez longues.

Evidemment celui qui recherche un plein temps à proximité de son domicile aura peut-être quelques difficultés à trouver un emploi. Mais il est assez facile de trouver des temps partiels et d’entrer dans la vie professionnelle en effectuant des remplacements. C’est même souhaitable pour un débutant : cette diversité enrichit la pratique et permet de découvrir de multiples aspects du métier.

On m’a ensuite proposé un plein-temps dans l’EHPAD au sein duquel j’avais réalisé mon mémoire. Il s’agissait d’une création de poste ! J’avais eu une expérience formidable dans cette structure durant mes études. J’avais pu y faire ce qu’on nomme des stages « expérimentaux », des stages sur des terrains sans psychomotriciens. Il fallait juste trouver un référent (psychologue) et un maître de stage et de mémoire sur un autre terrain. Le stage s’est tellement bien passé que j’ai été rappelée pour travailler à plein temps sur 2 EHPAD et dans le secteur « domicile ». J’y suis restée 4 ans. Durant cette période, j’ai eu envie de diversifier ma pratique et j’ai commencé à dégager une journée pour faire du libéral en collaboration.

  • Le libéral pour les psychomotriciens… Cette dimension du métier n’est pas la plus connue…

Le libéral commence à se développer, pourtant. Ce n’est pas remboursé par la sécurité sociale, il est donc difficile d’en vivre en s’installant directement. Il faut y venir petit à petit. Il y a une demande soutenue, surtout pour les enfants avec des retards scolaires, des troubles du comportement, des difficultés à gérer les émotions, des retards au niveau de la grapho-motricité, des désordres praxiques… Les patients porteurs de grosses pathologies sont plutôt institutionnalisés, suivis dans des établissements où exercent déjà des psychomotriciens. Ce n’est pas le public du libéral.

Malgré tout on peut intervenir en libéral dans certaines institutions, dans des foyers pour adultes handicapés ou en prévention, à travers des ateliers (dans des crèches par exemple ou des relais d’assistante maternelle pour l’éveil psychomoteur des tout-petits). Il existe désormais des liens et des vases-communicants entre les deux types d’exercice, libéral et salarié.

  •  Comment définiriez-vous le métier de psychomotricien ?

Il s’agit d’harmoniser le corps et l’esprit. Le psychomotricien perçoit le patient dans sa globalité. Il ne s’agit pas de focaliser sur la difficulté mais de regarder tout ce qui est autour, afin que la personne utilise mieux son corps, soit en accord avec elle-même. Souvent la médecine ne traite qu’une partie du problème : on va chez le psychologue pour l’esprit, chez le médecin pour le corps. Le psychomotricien utilise des « médiateurs », des outils : pour l’enveloppement corporel, on pourra travailler le toucher thérapeutique, les tissus ; on utilisera des balles pour que la personne se recentre sur elle-même, qu’il y ait une contenance ; pour les acquisitions motrices de la coordination, on organisera plutôt des parcours psychomoteurs, où seront intégrés des jeux d’équilibre, des jeux de coordination visio-manuelles. Nous sommes souvent dans le jeu, car la personne doit vivre dans le plaisir de se mouvoir et non dans la contrainte et la difficulté. La psychomotricité fine sera travaillée avec des jeux de société qui réclament de rester concentré, de gérer son tonus. On travaillera aussi la relaxation, la respiration, le relâchement.

Un parcours psychomoteur peut avoir sa pertinence à tout âge, et pas forcément pour des personnes gravement atteintes. Nous ne voyons pas seulement des individus handicapés, certains sont simplement « fragilisés ». Un enfant peut éprouver des difficultés de coordination parce qu’au moment de « faire », il ne se sent pas à l’aise dans son corps, la charge émotionnelle l’empêchant de réaliser son geste. Certains ne sont pas passés par des étapes du développement moteur (le « 4 pattes » par exemple) et nous devons repasser par des stades où l’enfant ressent son corps différemment, reprenne confiance dans ses appuis, retrouve une base corporelle et une sécurité interne. 

  • Quelles sont les qualités clés pour devenir psychomotricien ?

Il faut beaucoup d’empathie, beaucoup de capacité d’écoute et une grosse dose de patience. Savoir prendre son temps est un impératif : les progrès sont parfois très lents. Les psychomotriciens doivent aussi gérer leurs émotions (mais cela, on l’apprend durant les études). La créativité et l’adaptabilités sont encore des ressources indispensable : il faut s’adapter aux patients, être prêt à mettre en place de nouveaux outils, à les créer même, sur mesure. Il faut aussi savoir travailler en équipe, écouter ses collègues des autres disciplines : parfois, si un enfant n’entre pas dans les apprentissages, c’est parce qu’il ne gère pas bien son corps, qu’il est submergé par l’émotion et que le passage par le psychomotricien prépare celui des orthophonistes. Cette interaction entre les professions est fondamentale pour une prise en charge efficace et pertinente. 

  • Quelles sont les évolutions de carrière ?

Il n’y a pas de « psychomotricien plus » ou de « pratiques avancées »… On évolue d’abord dans sa pratique au quotidien parce qu’on peut – et qu’on doit – se former dans le cadre de la formation continue (obligatoire normalement). Certains se spécialisent. D’autres sortent de la thérapie pour enseigner, d’autres encore peuvent devenir cadres de santé au bout de 5 ans.

 

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