Une spécialiste du bégaiement anime une conférence pour les prépas orthophonistes d’IRSS

Tout au long de l’année, les étudiants de la filière Prépa orthophoniste rencontrent de nombreux intervenants (étudiants entrés en formation et professionnels) afin d’accroître leur connaissance du métier et de mieux en mesurer les enjeux.  Ces rencontres avec des professionnels sont essentielles car les orthophonistes, qui sont soumis au secret professionnel, ne peuvent accueillir de stagiaires s’ils ne sont pas inscrits en formation initiale. Pourtant, lors des épreuves orales du concours, les candidats devront se distinguer par leur connaissance fine du métier.

Nolwenn Percevault, orthophoniste à Rennes, est venue à IRSS afin de présenter aux élèves de prépa une conférence sur le bégaiement. Une après-midi passionnante qui a enrichi les étudiants et les a confirmés, s’il en était besoin, dans leur projet professionnel.

 Nolwenn Percevault est une orthophoniste diplômée du CFUO de Nancy. Durant la dernière partie de sa formation initiale, elle s’est intéressée aux troubles de la fluence en réalisant son mémoire de fin d’étude sur le thème du bredouillement.  Depuis, elle a suivi plusieurs formations continues concernant le bégaiement, une pathologie complexe qu’elle est venue présenter aux étudiants d’IRSS lors d’un échange basé sur les questions du groupe.

Comment peut-on définir le bégaiement ?

Le bégaiement est un trouble de la fluence c’est-à-dire un trouble du rythme de la parole. C’est également un trouble de la communication à l’autre puisque, physiologiquement la personne peut parler (il y a des situations où elle ne bégaie pas et des personnes face auxquelles elle bégaie peu ou pas).  L’émission des mots va également s’accompagner de tensions physiques et de contractions au niveau du larynx. La personne souffrant d’un bégaiement peut faire des grimaces lorsqu’elle parle, avoir des difficultés à bien respirer, fuir le contact visuel avec son interlocuteur…

Il existe différentes manifestations de bégaiement :

  • la répétition de syllabes. Par exemple : « bon-bon-bonjour » ;
  • Le blocage. Par exemple : le mot « bonjour » apparaît après un blocage sur le premier son ;
  • Le prolongement de syllabe. Par exemple : « bonnnnnnnnjour ».

Ces manifestations constituent ce qui est appelé la « partie émergée de l’iceberg ». En effet, l’image de l’iceberg est souvent évoquée pour expliquer le bégaiement car ce trouble engendre beaucoup de conséquences invisibles.

Par exemple, en allant au restaurant, une personne bègue pourra s’imposer de prendre toujours « la même chose » que la personne qui l’accompagne afin de n’avoir qu’à prononcer ces quelques mots et non tout le menu qui l’attire réellement sur la carte du restaurant. Ce faisant, elle se condamne à manger des plats qu’elle n’apprécie pas forcément mais elle préfère agir ainsi que prendre le risque que son bégaiement soit entendu par le serveur.

Les orthophonistes évaluent le bégaiement qui peut être léger ou sévère mais aussi la gêne occasionnée au quotidien car certains patients bégaient peu mais déclarent qu’ils ne peuvent jamais dire ce qu’ils veulent , qu’ils évitent beaucoup de situation et que le bégaiement est à l’origine d’une grand souffrance. Face à l’iceberg du bégaiement, la prise en charge orthophonique va s’intéresser au trouble de la fluence mais aussi aux conséquences psychologiques qu’il engendre.

Comment le bégaiement apparaît-il ?

Le bégaiement touche cinq hommes, pour une femme. Il apparaît le plus souvent avec l’entrée dans un langage plus complexe, lorsque l’enfant est âgé d’environ quatre ans. Chez l’adulte, un bégaiement peut survenir après un accident neurologique tel un accident vasculaire cérébral.

Lorsque l’enfant bègue a moins de six ans, il bénéficie d’une grande plasticité cérébrale, l’orthophoniste va alors pouvoir proposer une rééducation généralement très efficace.

Pour les patients plus âgés, le travail de prise en charge orthophonique consistera davantage à instaurer des processus de remédiation par des moyens de compensation.

Les causes du bégaiement font encore l’objet de recherche mais il apparaît qu’une zone du cerveau (le faisceau arqué) serait en cause, ce trouble a donc un caractère neurologique. De plus, l’hérédité est constatée, il y fréquemment plusieurs bègues dans une même famille.

Le bégaiement touche 1% de la population mondiale dont 600 000 personnes en France. Parmi elles, seules 10% bénéficie d’un accompagnement par un orthophoniste, beaucoup de patients sont fatalistes et estiment que le bégaiement est un fardeau dont on ne peut pas se débarrasser.

Comment se déroule la prise en charge orthophonique du patient bègue ?

Selon l’âge du patient et la sévérité du bégaiement, la prise en charge sera différente.

Lorsque le bégaiement concerne un jeune enfant, l’orthophoniste fera un travail d’accompagnement parental et cherchera avec les parents la meilleure manière d’accueillir les moments de bégaiement et les façons de réagir. Il les invitera à observer leur enfant : bégaie-t-il davantage lorsqu’il est fatigué ? Énervé ? Comment peut-on limiter ces moments difficiles pour lui ? Les conseils seront adaptés au fonctionnement de chaque famille.

Nolwenn Percevault a suivi une formation continue concernant l’accompagnement des enfants bègues âgés de trois à six ans : le programme Lidcombe.

Cette méthode amène les parents à prendre une quinzaine de minutes par jour pour jouer avec leur enfant tout en renforçant la parole fluide par de nombreux compliments tels « belle parole ». L’objectif est d’encourager le comportement souhaité. La méthode s’instaure progressivement par des séances d’orthophonie qui associent l’enfant et l’un de ses parents (ou un proche qui passe beaucoup de temps avec cet enfant) et des activités quotidiennes de jeux à la maison. Au fil des semaines, le bégaiement s’atténue et la méthode permet d’obtenir environ 95% de remédiation.

Voici quelques-unes des nombreuses informations que Nolwenn Percevault a partagées avec les étudiants de la Prépa orthophonie IRSS Rennes au cours de son après-midi d’intervention.  Les étudiants attentifs et passionnés ont pu poser leurs questions afin mieux cerner la réalité d’un trouble souvent mal compris et mal perçu.

Pour en savoir plus

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