Entretien avec une orthophoniste

IRSS Tours a eu le plaisir d’accueillir dans ses locaux, une orthophoniste, Cindy Santacana.

Récit d’une interview croisée entre Marion Gauthier, responsable de l’école de Tours, Cindy Santacana, orthophoniste et Sonia Desprez, formatrice à IRSS en Prépa Orthophoniste. Dans les coulisses de l’école, Cindy nous raconte son parcours et l’étendue de ses missions dans cet entretien privilégié.

  • Marion Gauthier : Pouvez-vous vous présenter ?

Cindy Santacana : Je suis Cindy Santacana et j’exerce la profession d’orthophoniste depuis 5 ans. J’ai travaillé dans différentes structures et je possède mon propre cabinet depuis aujourd’hui.

Sonia Desprez : Je suis Sonia Desprez, je suis psychologue de formation et j’interviens pour des cours de préparation à l’entretien, dans le cadre de la Prépa à l’entrée en école d’Orthophoniste à IRSS Tours.  

  • Marion Gauthier : Qu’avez-vous fait comme baccalauréat ? Quel baccalauréat avez-vous choisi sachant que vous vouliez être orthophoniste ?

Cindy Santacana : J’ai fait un bac L. Je souhaitais travailler dans le social mais je ne savais pas encore quelle filière choisir. L’orthophonie n’était pas spécialement une vocation. D’ailleurs, je ne connaissais pas ce métier. Je pensais plutôt devenir Kiné. Après mon bac L, j’ai tenté le concours en France mais je ne l’ai pas eu. J’ai donc décidé de le tenter en Belgique et je l’ai eu. J’ai fait mes études là-bas puis j’ai fait une équivalence pour pouvoir travailler en France.

  • Marion Gauthier : Quelle définition donnez-vous de la profession d’orthophoniste ?

Cindy Santacana :  C’est un métier qui demande beaucoup de patience. Ce qui me plaît le plus dans ce métier, c’est que l’on peut vraiment varier les lieux, la population. On a de nouveaux patients et même s’ils ont la même pathologie, ce sera différent car chaque adulte et chaque enfant est différent. On ne travaille jamais de la même façon avec chaque patient. J’apprécie le fait que l’on peut travailler dans différentes structures.

  • Marion Gauthier: et le cœur de votre métier, quel est-il auprès de ces publics variés ?

Cindy Santacana :  On n’a pas vraiment de cœur de métier parce qu’on peut travailler autant le langage oral, le langage écrit, les maths, la mémoire, l’articulation, l’écriture, la lecture, la production, l’écoute … c’est vraiment très varié. A chaque fois que j’ai un patient qui m’appelle, je lui demande la raison pour laquelle il souhaite venir afin de pouvoir cibler quel bilan je vais faire le jour de la consultation. Par exemple, si on me dit « langage écrit », je vais analyser à la fois le côté production, ce que la personne sait écrire. Et le côté lecture, la compréhension de la lecture, il y a vraiment beaucoup de versants. Et c’est cela pour toutes les pathologies que j’ai citées avant.

  • Marion Gauthier : Parlez-nous de vos postes …

Cindy Santacana :  J’ai commencé à travailler en libéral avec un titulaire, en étant associée. Au début, c’est bien de travailler avec un titulaire car cela permet d’avoir quelqu’un sur qui se reposer en cas de problèmes. Cette personne nous prête un bureau, du matériel. Pour ce prêt, on reverse un pourcentage de ce que l’on gagne. Pendant que j’étais en libéral, j’ai travaillé pour l’IRTEP avec des jeunes qui ont des troubles du comportement. Ensuite, j’ai exercé auprès de différents corps de métiers pour le CESAD. Ensuite, je suis partie travailler en Nouvelle-Calédonie. J’ai constaté que je n’avais pas la même approche avec les patients en fonction des structures et des régions par lesquelles je suis passée. Puis, je suis ensuite rentrée en Métropole et j’ai intégré l’IME (institut médico éducatif). J’ai travaillé avec des déficients intellectuels et des autistes. A partir d’aujourd’hui, j’ouvre mon propre cabinet et je deviens titulaire.

  • Marion Gauthier : Au fil des années, est-ce que votre métier a évolué ? Avez-vous vu un changement dans les pratiques, dans les supports avec lesquels vous travaillez, même chez le public que vous côtoyez ?

Cindy Santacana :  Oui, je trouve que les professeurs et instituteurs nous envoient plus facilement les élèves. Dès qu’ils ont un doute, ils proposent un bilan aux parents. Je trouve cela bien pour les élèves en CP, CE1 car ils sont dans une étape critique de leur apprentissage. Si on voit que l’enfant est en difficultés, autant le savoir directement et faire un bilan. Ce qui n’engage à rien car cela n’engendre pas forcément une rééducation. Comme cela on peut cibler les difficultés de l’enfant. Si besoin, on peut donner des conseils aux parents ou proposer de faire une rééducation. J’utilise plus le support ordinateur pour tout ce qui est bilan. Pour toute la rééducation, je ne l’utilise pas parce que je trouve qu’à la maison, les enfants sont déjà hypnotisés par les écrans. Personnellement, je demande que les enfants ne soient pas sur le téléphone en salle d’attente. Car je remarque une différence de concentration. Pendant cette période covid c’est un peu plus compliqué car on ne peut pas mettre de livres ni de jouets en salle d’attente.

  • Marion Gauthier : Y-a-t-il une différence notable dans le salaire en fonction des différents statuts que vous avez occupés ?

Cindy Santacana :  En salariat, on ne gagne pas beaucoup. J’ai vu une différence d’environ 1000 euros en passant du libéral au salariat. Il y a de grosses différences. Il y a des avantages et des inconvénients dans le libéral, on ramène du travail à la maison par exemple. En salariat, on a du temps de préparation pour rédiger les bilans et préparer les séances …Tout ce temps il est intégré à notre temps de travail. En cabinet, on prend du temps le soir et le week-end pour rédiger les bilans.

  • Marion Gauthier : Qu’est-ce que vous aimez profondément dans votre métier ? et qu’est ce qui vous enthousiasme le moins ?

Cindy Santacana :  C’est le contact avec la famille ou le patient. Pour moi c’est très important que la famille s’intéresse aux exercices qui sont faits en séance, qu’elle soit motivée à travailler à la maison. Les enfants ou les jeunes, on ne les a que 30 minutes par semaine. Par exemple pour un travail en articulation, si on n’a pas le travail à la maison, le temps de rééducation va être très long. Alors que 5 minutes par jour, avant ou après le brossage des dents, cela va aller beaucoup plus vite dans la rééducation. En revanche, ce n’est pas toujours possible quand on a des parents qui ne parlent pas français, c’est un peu plus compliqué de s’investir dans cette démarche. Ce qui m’enthousiasme le moins, c’est la comptabilité mais heureusement on peut prendre des comptables pour alléger cette tâche. J’ai décidé de faire cela car je perds trop de temps, chacun son métier (rires).  

  • Marion Gauthier : Les concours Orthophoniste ont disparu, concours qui était très craint. Est-ce que cela veut dire que les écoles d’orthophonie sont accessibles à tout le monde ? Est-ce la fin de la sélection ?

Sonia Desprez : C’est la fin de la sélection telle qu’on la connaissait jusqu’à présent, il n’y a plus cette épreuve d’admissibilité. Elle comportait des écrits qui pouvaient être très complexes et appelant à des connaissances pointues en culture générale. Il y a toujours une sélection notamment via le dossier Parcoursup, qui doit être rédigé avec pertinence. Et également il y a une épreuve de sélection qui reste l’oral et il peut y avoir de l’écrit avec des exercices d’orthographe et de dictée. Il y a quand même toujours une grande sélection donc un besoin de se préparer à cette épreuve.

  • Marion Gauthier : Quelle réponse IRSS peut apporter à des élèves un peu perdus avec la disparition des concours ?

Sonia Desprez : La préparation à l’entrée en formation d’orthophonie présente différents atouts. Déjà une aide à la rédaction du dossier Parcoursup, la possibilité de pouvoir étoffer son dossier par des expériences notamment avec des stages. Il n’est pas permis de faire un stage auprès d’une orthophoniste tant que l’on n’est pas entré en formation mais on peut très bien faire un stage auprès d’un public qui pourrait bénéficier d’une rééducation de l’orthophoniste. Cela peut être un institut médico éducatif, un EPHAD. On va également avoir ce que l’on appelle un projet citoyen. Les étudiants peuvent mettre en place un projet à but associatif, humanitaire, ce qui est bien évidemment valorisé pour une candidature. On va avoir une meilleure connaissance du métier avec des professionnels qui interviennent régulièrement pour présenter leur travail. Les étudiants s’engagent donc dans ce métier avec une vision plus réaliste et un projet beaucoup plus construit. Les enseignements vont faciliter l’entrée en formation, on retrouve notamment une initiation aux sciences humaines. Mais aussi, un enseignement du français pour maitriser les règles d’orthographe plus ou moins complexes et qui n’ont pas été forcément abordées au lycée.  

  • Marion Gauthier : j’interviens en tant que professeur de français. On va dire que le français c’est vraiment la base, le b.a.ba, c’est incontournable, n’est-ce pas ?

Cindy Santacana : C’est incontournable, en plus de savoir l’appliquer, il faut savoir l’expliquer à des personnes qui peuvent être en difficultés d’apprentissage donc pouvoir se mettre à leur place, et pouvoir proposer une autre façon d’apprendre que la version scolaire. Parce que nous ne faisons pas d’aide aux devoirs, nous ne sommes pas professeur. Donc on ne va pas refaire la même chose que l’instituteur, il faut qu’on apporte une vision différente pour que l’enfant puisse comprendre les choses. Le premier point c’est de savoir quelle mémoire a l’enfant. Par exemple, pour compter les syllabes, on peut faire sauter l’enfant dans des cerceaux par exemple. En prépa Orthophoniste, on apprend justement les règles et puis après sur le terrain, il faut savoir les expliquer.

  • Marion Gauthier : Vous travaillez avec des professeurs, des professeurs des écoles… avec quel autre type de professionnels êtes-vous amenée à travailler ?

Cindy Santacana : Les enseignants, c’est très important, même s’il y a le secret médical. Donc parfois c’est un peu compliqué, on ne sait pas ce que l’on peut dire ou pas dire. Mais on peut être en appui pour toutes les aides qui vont être mises en place dans l’école : proposer des aides par exemple avec les tiers temps. Cela peut être toutes les aides possibles adaptables à l’école comme le fait que le jeune ait le polycopié avant le cours et aussi de pouvoir se rendre sur place soit pouvoir échanger avec le directeur de l’école ou le professeur principal ou l’institutrice.

On travaille aussi avec les éducateurs, je peux recevoir des jeunes qui viennent de l’ITEP ou de foyers. Donc de faire venir les éducateurs pour mieux connaître la personne. On peut travailler avec des kinés, des psychomotriciens, les ophtalmos. Cela peut être un orthodontiste pour les troubles de la déglutition. Avant chaque mise en place d’un appareil dentaire, l’orthophoniste doit vérifier si le placement lingual est bon parce que s’il n’est pas bon, le problème va se répéter.

Sonia Desprez  : L’entrée en formation Orthophonie comporte aussi un oral. IRSS prépare les élèves à cette épreuve qui comporte un entretien de motivation, c’est-à-dire de savoir exprimer ses motivations. C’est quelque chose qui se prépare également. Mais aussi tout ce qui est la partie exercice technique. Parce que notamment lors de cet oral, des exercices sont demandés tels que des exercices de rétention, de lectures,…etc

Marion Gauthier : Cet entretien est vraiment spécifique cela n’a rien à voir avec ce que les jeunes ont pu voir dans leur cursus scolaire.

Sonia Desprez : Il est très spécifique avec là encore avec une exigence importante puisqu’il s’agit d’avoir une expression particulièrement correcte, de marquer les négations, …

Cindy Santacana : Ce qui est bien dans la prépa, pour l’oral blanc, vous faites venir des professionnels qui notent. Donc ce ne sont pas les professeurs d’ici et donc cela permet aux élèves de se préparer et de se retrouver devant quelqu’un qu’ils ne connaissent pas.

Sonia Desprez : En effet, il y a une orthophoniste et une psychologue que les étudiants ne connaissent pas.

  • Marion Gauthier : pour clore notre échange, quelles sont selon vous, les qualités pour devenir ortho ?

Cindy Santacana : Je pense tout d’abord à la patience. Parce qu’il faut savoir s’adapter, que ce soit à l’enfant, à l’adulte, ce n’est pas toujours évident. Parfois, on a des affinités avec certaines personnes. Dans notre métier, on ne peut pas avoir d’affinités. On va travailler avec tout le monde, peu importe la personne. Donc c’est un peu difficile mais il faut être patient, il faut mettre ses idéaux de côté parfois.

  • Marion Gauthier : Peut-on être en échec avec un patient ?

Cindy Santacana  : Oui, on peut être en échec. Alors il ne faut pas hésiter à réorienter le patient vers quelqu’un d’autre si le feeling ne passe pas, c’est tout à fait possible. Surtout quand le jeune est amené à faire beaucoup d’orthophonie, par exemple quand il y a une dyslexie. Le travail va être sur du long terme. Mon conseil est de ne pas hésiter à faire des pauses thérapeutiques pendant lesquelles on ne fera pas de séances pour que le jeune ne soit pas trop dégouté et qu’il puisse revenir plus facilement. Et puis s’adapter. Il faut pouvoir proposer des choses qui plaisent aux patients. Même avec les adultes par exemple, les patients ayant une maladie neurodégénérative et qui n’ont pas le même niveau que les autres adultes de leur âge. J’aurais tendance à proposer quelque chose de plus simple comme matériel. Mais il ne faut pas oublier que ce sont des adultes donc de ne pas les infantiliser. Il faut pouvoir trouver du matériel adapté, pouvoir expliquer pourquoi le jeune vient, il faut beaucoup communiquer. Les premières séances ont pour objectif de créer du contact, créer de la communication avec le patient et arriver à bien s’entendre. Quitte à ne pas faire tout de suite les exercices qui les mettent en difficulté. Du coup il y a moins d’échec, c’est plus efficace.

  • Marion Gauthier : on imagine qu’il y a des jeunes qui veulent devenir orthophoniste qui lisent cet interview. Quels conseils leur donnerez-vous pour se lancer dans cette grande aventure ?

Sonia Desprez :  Déjà, il faut se renseigner sur la formation. Mais encore, l’année de préparation va aider à conforter ce choix d’orientation, avoir une idée réaliste des choses. Et il faut aussi posséder les qualités pour être orthophoniste, je pense notamment à l’empathie. Savoir se mettre à la place de l’autre, tout en restant à sa propre place.  

Merci à Cindy Santacana pour l’échange sur son métier, à notre professeur Sonia Desprez pour la présentation de notre préparation.

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