La dissertation au concours de sous-officier de gendarmerie : un exercice de haute-voltige décortiqué

Avec un coefficient 5 lors des épreuves d’admission, c’est peu dire que la dissertation du concours pour entrer en formation de gendarme constitue un obstacle compliqué à franchir. Formé d’une seule question à traiter en 3 heures, portant sur des thèmes d’actualité extrêmement vastes, le sujet appelle de nombreuses compétences qu’un candidat affûté doit savoir coordonner pour réussir. Culture générale, capacités argumentatives, précision linguistique : les qualités exigées brassent large… Certains candidats novices, et surtout mal préparés, peinent à les réunir. Spécialistes depuis de nombreuses années des concours de la défense et de la sécurité, les enseignants d’IRSS passent au crible cette épreuve et prodiguent quelques conseils.

« Vivons-nous dans un monde dangereux ? », « Les valeurs et les dérives du sport », « Qu’a apporté l’évolution des moyens de transport ? », « L’automobile en ville est-elle encore indispensable ? »… Les sujets tombés ces dernières années au concours de sous-officier de gendarmerie sont courts dans leur formulation, éclectiques et diversifiés dans leurs thématiques, mais complexes dans leur résolution. On comprend très vite quelles qualités sont recherchées par les examinateurs : ouverture au monde, capacité à structurer une argumentation, sens de la mesure et de la nuance dans la pensée, maîtrise de la langue… En bref une diversité de compétences qui ne s’improvisent pas mais se travaillent avec méthode.

La dissertation : un exercice qui appelle des figures imposées

Qu’est-ce qu’une dissertation ? C’est, tout simplement, la réponse à une question ! Le « sujet » proposé dans l’énoncé soulève un problème que le candidat doit pouvoir « résoudre » (il doit au moins en cerner les enjeux), dans un plan structuré et rigoureux afin de formuler une réponse. Rien de bien compliqué en apparence… Une dissertation se construit d’ailleurs nécessairement autour de ce schéma :

  • Une INTRODUCTION qui marque que le candidat comprend la question sous-jacente et pose le problème.
  • Un DÉVELOPPEMENT qui examine les enjeux de la question et tend vers la réponse avec des arguments et des exemples qui les éclairent.
  • Une CONCLUSION qui dresse le bilan de l’argumentation et formule nettement la réponse.

Malgré l’apparente banalité de certains sujets, la réponse ne saurait se donner en deux ou trois formules simplistes : les questions et leurs enjeux réclament un traitement « pas à pas », une suite d’étapes obligées qui attestent d’une qualité essentielle au métier du gendarme : la méthode.

Étape 1 : l’analyse du sujet

Il convient d’abord de lire correctement l’énoncé du sujet et d’en souligner les mots-clés. L’analyse correcte du sujet conditionne toute la suite du travail, elle ne doit donc pas être négligée.

Pour aller vite, disons qu’il existe deux grands types de sujets :

  • Les sujets dits « dialectiques », c’est-à-dire qui appellent un dialogue, une confrontation d’idées et d’opinions. Ces sujets sont introduits par des questions de type : « Pensez-vous que… ? », « Estimez-vous que… ? », « Faut-il… ?», « Selon vous, quel est… ? ». Il s’agit ici de discuter une thèse. On attend votre point de vue sous forme de réponse en « oui », « non » ou, le plus souvent, « ça dépend »…

Exemple de sujets dialectiques tombés au concours de Gendarme depuis 2015 :

Faut-il avoir peur du virus EBOLA ?

Selon vous, la liberté d’expression en France est-elle un absolu ?

En France, la culture est-elle aujourd’hui accessible à tous ?

Faut-il voir le développement des robots comme une aide ou une menace pour l’homme ?

  • Les sujets analytiques sont introduits par des questions de type : « Comment… ? », « Pourquoi… ? », « Quels sont… ? ». Il s’agit ici d’expliquer des phénomènes ou d’organiser des connaissances face à des thématiques. On ne demande pas votre « avis » : seulement de dresser les enjeux du problème de la manière la plus complète et la plus organisée possible.

Exemple de sujets analytiques tombés au concours de Gendarme depuis 2015 :

Quel est l’impact de l’écologie sur le développement économique ?

Quels sont les impacts, positifs et négatifs, des jeux olympiques ?

Les bienfaits et les méfaits d’Internet

La place de l’animal dans la société actuelle

Commencez par repérer à quel type de sujet vous avez affaire : la suite du travail en dépendra largement.

Le second objectif est de dégager une problématique afin de reformuler, avec vos propres mots, l’énoncé et la question qui le sous-tend. La finalité de cette étape est double : il s’agit d’échafauder une question claire à laquelle votre travail tentera de répondre, mais aussi de montrer à votre correcteur que vous avez parfaitement cerné les enjeux du sujet. La reformulation est donc capitale. Trop de candidats la négligent et se contentent de recopier quasi in extenso l’énoncé du sujet. Grave erreur ! Élaborer une problématique, ce n’est pas reformuler le sujet à sa convenance. La problématique doit préciser les enjeux de l’énoncé. Certains adaptent le sujet à leurs connaissances au lieu d’adapter leurs connaissances aux enjeux véritables du sujet.

Étape 2 : la recherche des éléments de réponses

Avec l’analyse des mots-clés, la reformulation et la construction de la problématique, on doit avoir dégagé une question suffisamment claire pour commencer à réfléchir à la réponse.

N’hésitez pas à jeter sur le papier toutes les idées qui vous passent par la tête : il peut s’agir d’un mot, d’un argument, d’un exemple, du souvenir d’un article, d’une émission, d’un film, etc. Cette étape s’apparente à une séance de « brainstorming », littéralement un « remue-méninges ». Vous devez vous « lâcher », vous désinhiber pour inventorier tout ce à quoi vous fait penser le sujet ; vous ferez le tri par la suite. Des arguments qui n’ont qu’un rapport a priori lointain peuvent très bien s’articuler quand on les organise dans un plan plus vaste.

La recherche des idées angoisse bon nombre de candidats qui se plaignent de n’avoir « rien à dire », de ne pas avoir d’idées, de manquer de culture, etc. Il est vrai que cette étape se prépare en amont, bien avant l’épreuve. Il faut suivre l’actualité, être capable de l’analyser et de porter un regard personnel sur les événements. Il est aussi utile de s’appuyer sur les analyses d’auteurs confirmés (ouvrages universitaires, essais, livres de sociologie, de psychologie, etc.). Les candidats inscrits à IRSS auront la possibilité de nourrir chaque jour leur culture générale avec un cours thématique et une revue de presse. Les autres pourront s’abonner à des journaux et revues et se mettre à la lecture d’ouvrages sur les problèmes de société.

Après avoir épuisé toutes vos idées, relisez ce que vous avez écrit pour rayer les phrases totalement hors sujet, pour développer les ébauches d’arguments et leur attribuer les exemples (en les adaptant).

Hiérarchisez les « idées » en leur conférant le bon statut : exemple, argument, jugement de valeur, etc. Ce moment plus « réfléchi » permet souvent de dégager de nouvelles idées sur la question. Quand vous estimez avoir fini, passez à l’organisation.

Étape 3 : l’organisation de la réponse

Maintenant que les « idées » sont posées, il faut procéder au classement des éléments jetés sur le papier. L’organisation de la réponse dépend en premier lieu du type de sujet demandé (dialectique ou analytique). Les idées formulées doivent se déployer dans un plan détaillé. Là encore, trop de candidats angoissés par le temps se contentent d’écrire quelques mots au brouillon pour passer le plus rapidement possible à la rédaction. C’est une erreur : détailler son plan jusqu’au bout permet de gagner du temps ; vous savez précisément où vous allez et ce que vous avez à dire. Ne reste donc que la manière de le formuler. Comme nous l’avons déjà dit, on distingue deux grands types de plans : analytique et dialectique.

Les plans analytiques

Ils répondent à des questions du type « Pourquoi ? », « Quel est… ? », « Comment ? », etc. Ces plans visent plus à faire comprendre qu’à discuter. Cette visée quasi pédagogique (expliquer) requiert une grande clarté dans l’organisation et une certaine exhaustivité dans les contenus. Les plans analytiques se déclinent sous plusieurs formes.

  • Plan chronologique : le travail s’organise selon une progression temporelle (passé, présent, futur.) Ces développements ne sont simples qu’en apparence : non seulement parce qu’ils réclament une connaissance pointue de l’historique d’un problème, mais aussi parce que la troisième partie (l’avenir) peut rapidement tourner au scénario d’anticipation farfelu.
  • Plan didactique ou pédagogique : il s’agit d’un plan type « constat, causes, conséquences et solutions ». Les candidats en mal d’inspiration y trouveront de quoi étayer solidement le propos…
  • Plan antinomique : les plans antinomiques se développent à travers deux parties parfaitement opposées. Il peut s’agir d’une dichotomie type « individuel/collectif » ou « qualitatif/quantitatif »… S’ils ont l’avantage de la clarté, les plans antinomiques ont aussi le défaut d’être schématiques et parfois simplistes.
  • Plan thématique : chaque partie explique le problème sous un certain point de vue. Il peut s’agir d’un angle physiologique, psychologique, historique, social, économique, religieux, etc. Dans ce cas, le phénomène est étudié à la lumière de plusieurs perspectives.

Les plans dialectiques

Les plans dialectiques sont fondés sur la confrontation de plusieurs thèses. Il s’agit d’un « dialogue » dont l’enjeu consiste à faire ressortir la pensée du candidat. Les plans dialectiques répondent à la question « Qu’en pensez-vous ? ». Cette pensée est censée émerger au terme d’une réflexion vigoureuse mais jamais dogmatique. Il faut discuter les idées, non les réfuter sur de simples pétitions de principe. Une organisation type thèse/antithèse/synthèse aura dès lors le mérite de cerner les enjeux d’une question avec toutes les nuances requises.

Cependant, ces plans sont parfois difficiles à structurer, surtout en seulement 3 heures. Aussi la synthèse (partie 3 du plan) peut-elle avantageusement faire l’objet d’une conclusion un peu plus étoffée.

Quoi qu’il en soit, le travail doit être dynamique. Dans un plan dialectique, votre réflexion ne doit pas s’organiser sur le modèle pour/contre, parce que vous ne pouvez pas vous contredire : expliquer que vous être favorable à une thèse pour énoncer quelques lignes plus loin que finalement vous y êtes opposé, c’est absurde ! Un plan dialectique est autrement plus subtil. Il doit avancer vers la réponse en examinant les différentes positions, en nuançant les points de vue pour faire émerger une perspective solide et bien étayée.

Par exemple, sur le sujet suivant : « Peut-on parler de « progrès » à propos du développement des techniques ? », vous pourrez organiser un corrigé de ce type :

Partie 1 : Vous pouvez commencer par expliquer en quoi et pourquoi les innovations ont pu fasciner les hommes durant tout le XXe siècle. Vous pouvez même souscrire à cette vision positive au vu des progrès objectifs réalisés.

Partie 2 : Cependant, en deuxième partie, n’hésitez pas à tempérer les enthousiasmes en énumérant les différents problèmes (environnement, nucléaire, eugénisme, etc.) auxquels notre société est aujourd’hui confrontée. Énoncez combien la notion même de progrès semble vaciller sous le poids des angoisses de nos contemporains.

Partie 3 : Dans une troisième partie, dites qu’il serait absurde de revenir en arrière : la technique fait partie de notre vie quotidienne. Elle est de plus fondamentale puisque, grâce à elle, nous avons des loisirs, la santé, le confort, etc. Reste à en maîtriser les effets néfastes : désarmement, législations draconiennes en matière d’environnement, internationalisation des comités de bioéthique. Reste également à en faire profiter les plus démunis de la planète.

Chaque étape de votre plan vous permet d’avancer dans la discussion jusqu’à proposer une réponse nuancée. Et sans jamais vous contredire surtout !

Étape 4 : la rédaction du travail

Au terme du travail préparatoire, vous pouvez normalement rédiger. Pour ce qui concerne le style, restez sobre et clair dans vos formulations : l’écriture est un exercice ardu qui suppose des qualités difficiles à déployer durant le temps trop court d’une épreuve de concours. Utilisez un style plutôt direct et contentez-vous de phrases courtes (une ou deux propositions au maximum). Evidemment la relecture attentive n’est pas en option : la qualité de l’orthographe constitue un critère clé pour le métier !

Un conseil (rarement suivi par les candidats, malheureusement) : rédigez d’abord votre introduction et votre conclusion. Si votre plan est détaillé correctement, vous devez savoir précisément où vous allez : vous serez plus serein si votre conclusion se trouve déjà sur un de vos brouillons. Il faut savoir que c’est la dernière chose que lira le correcteur… Trop souvent, par manque de temps ou de courage, les candidats bâclent cette ultime étape de leur travail, ce qui n’est guère stratégique.

Pour une question banale en apparence (une phrase « simple » dans le sujet), les exigences méthodologiques sont nombreuses ! Le candidat au concours de sous-officier de Gendarmerie doit investir un large champ de compétences qui ne s’improvisent pas mais se préparent très en amont. Les équipes pédagogiques d’IRSS, spécialisées dans cet exercice, vous permettront de franchir les obstacles que dresse ce type d’épreuve. Préparez-vous avec efficacité et méthode : rejoignez IRSS, la prépa spécialiste des concours de la défense et de la sécurité.

Pour en savoir plus

La prépa Sous-officier de la Gendarmerie 

Les prépas Défense et Sécurité Publique 

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